"L'HOMME SAUVAGE"
DE KONTUM
C'est une histoire étrange que nous reconte ici notre
camarade Jules
HARROIS, ancien d'Indochine. Il nous a paru bon de livrer ce témoignage
dans les colonnes de <<Caravelle>> car il montre à
l'évidence la persistance, en de nombreux endroits dans le monde,
d'êtres étranges, mi-hommes, mi-animaux comme cet
<<abominable homme des neiges>>, le YETI, objet de tant de
frayeurs, de légendes et de récits.
Dans la nuit du 23 au 24 août 1947, une petite colonne de
DJARAlS,
SEDANGS et BAHNARS d'une vingtaine d'hommes venant de KON-MAHAR, Petit village
moï perdu dans !es nuages de la mousson, se dirigeait vers KON-BRAÏ
pour rejoindre KON-TUM.
Marche de nuit la plus silencieuse possible dans cette
région de grande
forêt primitive qui avait étouffé l'habituelle brousse
indochinoise.
Soudain, en tête de la colonne, un cri ou plutôt un
grognement
suivi d'un bruit de fuite. Alors les consignes de silence furent
réduites à néant.
Sedangs, Djarais et Bahnars s'interpellaient; il n'était
pas possible de
les faire taire, leur émotion était à son comble,
I'émotion et non la crainte.
Le silence paraissant impossible à rétablir,
j'appelais
KSOR-NANG, ancien sergent de l'armée française, le plus grand
pisteur de la province de KONTUM, remarquable connaisseur de la brousse et
voici ce, qu'assisté des autres gardes parlant le frauçais, il me
raconta:
<<Dans la marche silencieuse, la tête de la colonne
avait surpris
et dérangé un <<homme sauvage>>. Ce n'éttait
ni un animal ni un singe, mais un homme sauvage assez grand qui marche debout,
mange des fruits, des insectes, tout ce qu'il peut attraper. A
l'inverse du singe, il faisait l'objet d'un interdit alimentaire de toutes les
tribus.
Cet homme vivait en solitaire. Parfois, la nuit unlquement, on
pouvait
l'entendre appeler sa femelle ou son mâle, mais il était difficile
de l'apercevoir. Le simple fait de l'avoir rencontré remplissait de joie
tous les hommes de la colonne>>.
Une méchante plaie d'herbe coupante faisant une
nécessité
du retour a KONTUM, vers les rares sulfamides de notre pauvre
<<Hôpital>>, il ne fut pas possible de relever quelques
traces dans le sol spongieux du sous-bois.
Au matin nous fîmes halte à KOMSOMLUH, chez le
père
GIFFARD, missionnaire à la grande connaissance des Moïs SEDANGS et
BAHNARS. Il nous confirma qu'au Nord, en direction de MAM-BUCK, les
Sédangs racontaient la même chose, et que pour sa part il n'avait
jamais rencontré <<l'homme sauvage>>, mais les récits
de ses catéchumènes étaient nets à son sujet.
Jules HARROIS
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